La rémission, sur le papier, est une excellente nouvelle
En novembre dernier, j’ai fait une rencontre importante.
J’ai rencontré Lucie de Saint-Étienne, qui m’a présenté son projet Prisme, en collaboration avec Archimède Films et auquel j’ai décidé de participer financièrement.
Il s’agit d’un projet de court métrage sur le thème de la rémission post cancer.
Grâce à ce projet j’ai découvert plus en profondeur ce sujet que je n’avais pas encore exploré à fond dans mon rôle de thérapeute. Un sujet dont on ne parle pas, et qui pourtant traverse intimement la vie de nombreuses personnes.
La rémission : une bonne nouvelle pas toujours facile à vivre
La rémission, sur le papier, est une excellente nouvelle. C’est la fin des traitements, la fin des protocoles, la fin d’un suivi médical parfois très lourd. Et pourtant, derrière ce mot porteur d’espoir, se cache une réalité bien plus complexe.
Depuis cette découverte, j’ai eu l’occasion d’en discuter avec mes clientes concernées et de faire le parallèle avec d’autres moments de vie. Mes clientes me confirment la difficulté de vivre ce temps de la rémission.
C’est un changement de rythme majeur qui demande un temps de transition
Ce qui m’a frappée, c’est ce changement brutal de rythme.
On passe d’un quotidien entièrement porté, encadré, surveillé par le corps médical, à… plus rien. Un jour, on vous dit « c’est terminé », « rentrez chez vous », « tout va bien ». Et sans transition, vous êtes censée reprendre la vie d’avant, comme si de rien n’était.
Sauf que non.
Ce n’est pas pareil.
Le corps a traversé une épreuve. L’esprit aussi. Et souvent, quelque chose a profondément changé à l’intérieur. Il y a la peur que ça revienne. Cette peur sourde, parfois discrète, parfois envahissante. Il y a aussi les questions existentielles qui ont émergé pendant la maladie : le rythme de vie, les priorités, le sens. Et l’envie, très claire pour certaines, de ne pas retourner « dans le moule d’avant ». En tout cas, pas exactement de la même manière.
Un jour, on vous dit « c’est terminé », « rentrez chez vous », « tout va bien »
Dans cette phase de rémission, beaucoup se retrouvent seules, démunies, sans repères et doivent passer d’un état à un autre sans accompagnement pour intégrer ce changement*. Car la rémission n’est pas qu’un état médical. C’est un véritable changement d’état intérieur, qui demande du temps, de l’écoute et parfois un soutien spécifique.
Cette étape peut avoir lieu dans de nombreux parcours, pas seulement dans le cas du cancer
Cela résonne profondément avec mon propre parcours.
Après dix années de PMA, lorsque je suis enfin tombée enceinte, il m’a fallu des mois pour intégrer que je n’étais plus infertile. Des mois pour laisser cette information s’inscrire réellement dans mon corps et dans ma tête. Et pendant ce temps-là, il y avait la peur constante de perdre le bébé. La joie était là, bien sûr, mais fragile, retenue, presque surveillée.
Cette expérience m’a appris à quel point il est difficile de changer d’état, même lorsque ce changement est positif. Intégrer une nouvelle réalité demande du temps. Retrouver ses marques aussi.
Et cela ne concerne pas uniquement la maladie.
On retrouve ce même mécanisme après tout ce qui nous a occupées intensément pendant longtemps : un long projet professionnel, un engagement personnel fort, une mission qui nous a portées pendant des mois, voire des années. Une fois terminé, il peut y avoir un vide, une forme de dépression de fin de projet. « Qu’est-ce qu’on fait maintenant ? Qui suis-je sans cela ? »
C’est pourquoi il me semble essentiel de ne pas rester seule dans ces moments charnières. Trouver un ou une thérapeute, dans la discipline qui vous parle, qui vous correspond, peut être un soutien précieux pour traverser cette phase. Non pas pour « réparer », mais pour accompagner l’intégration, sécuriser le passage, remettre du sens et de la douceur là où tout a été bouleversé.
La rémission n’est pas une ligne d’arrivée.
C’est un nouveau chemin à apprivoiser.
Et comme tout chemin important, il mérite d’être traversé accompagnée, à son rythme, avec respect et bienveillance.
*rappelez vous c’est un peu comme post confinement covid où on a du passer sans transition de “Restez enfermés chez vous ou on va tous mourrir” à “Sortez, consommez, faites vivre le commerce et l’industrie, tout va bien”. Nombre d’entre nous n’ont pas su ressortir aussi vite que nous avions dû restés enfermés.